L’homme d’un moment

 

Cette expression cache une réalité les cycles économiques se sont terriblement raccourcis ces vingt dernières années et rares sont les hommes qui savent gérer toutes les phases de la vie de l’entreprise. La rotation des cadres s’en est elle aussi accélérée. Pour autant êtes vous tous devenus des managers de transition ? Pour ma part je ne le crois pas. Avec un peu de sincérité ceux qui pratiquent vous confieront que rares, voire très rares sont ceux qui ont choisi de devenir interim manager. La plupart d’entre nous sont tombés dans la marmite après une rupture professionnelle et faute d’un CDI nous avons accepté une première mission.

Et là tout commence car contrairement aux idées reçues le management de transition n’a rien à voir avec une activité plus pérenne et les qualités dont vous avez besoin ne sont pas les mêmes.

Tout d'abord,il faut une formidable capacité d'adaptation. Aux hommes, aux secteurs, aux entreprises etc. Ensuite, il faut de solides capacités d'analyse, être rapide et aller à l'essentiel. On n'a guère plus de 15 jours à 3 semaines pour évaluer une situation et repérer les enjeux, les alliés et les possibles points de blocage. Ensuite, il y a un aspect commercial qu’il ne faut pas oublier. Il faut avoir le sens du client, gérer une relation commerciale avec lui, c'est-à-dire le tenir au courant et le rassurer pour garder sa confiance. C'est capital. Evidemment il faudra posséder de plus, une grande résistance au stress et à la frustration.
J’ajoute ce petit mot de la frustration, car outre les embûches que vous allez rencontrer, les trahisons, les vengeances et autres joyeuses camaraderies qui vous seront exclusivement réservées, une fois les objectifs atteints vous nettoyez le bureau, installez un successeur et votre valise à la main partez sur la pointe des pieds par la petite porte de derrière. Savoir partir est art difficile et très douloureux.

Ces  phases sont dures à vivre et elles se reproduisent à chaque mission.

 

Sujet important les rémunérations, elles ne sont pas spécialement avantageuses et la période glorieuse où le client ne regardait pas à la dépense est terminée. Il y a même maintenant une véritable tension sur les tarifs et une concurrence plus forte. Et puis tous les avantages tels la participation, l’intéressement etc.. n’existent plus ce qui fait que dans le meilleur des cas c’est identique à un poste fixe.

Ne croyez pas non plus que ce soit une pré-embauche, par nature vous devez être surqualifié pour appréhender rapidement les enjeux et donc vos chances de rester sont quasi nulles.

Je fais souvent la comparaison avec les « pilotes » qui montent à bord des navires pour les guider lors de passages difficiles. L’interim manager est « l’homme d’un moment », il monte à bord pour une situation particulière qui lui est familière et quitte le bateau une fois les passe franchies.

Tout n’est pourtant pas si noir, la liberté de parole dont on dispose est totale, nous ne participons pas aux jeux politiques de l’entreprise puisque notre avenir est certain. Le regard que vos collègues d’un moment porte sur vous s’en trouve changé. Et puis vous allez entretenir une relation beaucoup plus riche avec votre client et les sympathies qui se construisent sont souvent plus solides.

Enfin pour terminer la dernière petite note difficile qui revient toujours : et après ? Les inter-missions peuvent être longues il faut travailler son réseau, faire son commerce, pouvoir et savoir attendre.

Il ne faut pas attendre du management de transition qu’il soit un pis aller dans une rupture de carrière c’est une autre manière de concevoir l’exercice d’une expertise, c’est un autre métier.

 

Pierre-André BIDAULT